•  
  •  
Article paru dans les Nouvelles des Pâquis n°116 février 1993  

De révolutions en révolutions le tapissier-décorateur est devenu l’artisan qui maîtrise trois métiers spécifiques et complémentaires, le tapissier-décorateur, le tapissier-poseur de revêtements de sols et le sellier- tapissier.

L’histoire de cette profession est, à travers les siècles, celle d’une adaptation parfaitement réussie aux mutations des modes. En effet, au XVIIIe siècle le tapissier crée et fabrique des tapisseries et des tapis tout en contribuant à la décoration intérieure. Au moyen-âge, la tapisserie se généralise et s’étend à l’ensemble des décors des châteaux nécessitant un travail plus important de l’artisan. Au XVIIe siècle, ce dernier commence à garnir les sièges avec de la bourre et du crin animal. Son statut change puisqu’il acquiert le droit de porter l’épée et d’appartenir à la maison des grands seigneurs. Sous Napoléon III, il allie de plus en plus de créativité, d’audace technique et de dextérité. L’apparition de matériau nouveau, dont par exemple, la mousse, et le ressort valorise encore son travail.

Il ne faut, actuellement, pas moins de quatre années d’apprentissage et de deux années de travail comme réassujetti pour qu’un jeune soit capable de maîtriser tous les travaux inhérents à son art, soit: la pose de tentures murales, la confection et la pose des voilages et des rideaux, la pose de tapis ou de revêtements de sol, la touche finale qui consiste à placer, dans un intérieur, tous les éléments - tableaux, miroirs, meubles, objets d’art - qui devront cohabiter en harmonie. Il ne faut pas omettre une part importante du travail des gens de métier qu’est la literie, en effet, ils restent, malgré tout, les seuls susceptibles de conseiller valablement les acheteurs d’un objet aussi important que le lit.

Le siège, nous dit M. Jean-Daniel MAENDLY, maître tapissier-décorateur, est évidemment le meuble le plus facilement usé et abîmé ce qui explique qu’il compte parmi les objets les plus souvent confiés au spécialiste. Dans son petit atelier de la rue de Zurich l’artisan répare avec le même soins les meubles précieux et ceux qui sont devenus des pièces auxquelles ses clients sont sentimentalement attachés. On peut, nous confie-t-il, également fabriquer des sièges de style, patiner les bois et jouer sur les coloris des tissus qui les habilleront. En artiste complet, l’homme de métier allie l’habileté manuelle à la perception de l’harmonie et de la beauté. Il dispose d’une large palette de matériaux et de coloris et il sait comment les marier pour créer une oeuvre d’art parfaite.

M. MAENDLY est un passionné de son métier et l’écouter en parler est un véritable plaisir. Enseignant aux apprentis du CEPIA, il transmet à ses élèves ce quelque chose de subtil qui contribue à donner ses lettres de noblesse à une profession.

Alors si vous avez quelques envies de transformer votre appartement, d’acquérir une literie parfaite ou de rajeunir le vieux fauteuil de grand-papa terni par l’âge, pourquoi ne pas demander conseil à l’un de ces artisans dépositaires d’un savoir ancestral?

Chez M. MAENDLY par exemple l’exécution de tous les travaux sera parfaite et surtout le prix ne dépassera jamais les normes les plus justement calculées. !

Claudine Spycher ;

Jean-Daniel MAENDLY
8, rue de Zurich
1201 Genève 

Article paru dans la Tribune de Genève du jeudi 10 novembre 1994  

Jean-Daniel Maendly, tapissier-décorateur et vice-président de l’ADEMA (Association pour la défense et l’encouragement des métiers d’art) se montre ravi que son association soit l’invitée d’honneur de la Foire de Genève. Elle occupe un bel emplacement avec une soixantaine d’exposants représentant une trentaine de métiers. «Nous collaborions déjà d’une manière ponctuelle dans une salle indépendante située au rez-de-chaussée. Notre participation, comme hôte, est placée sous le signe de L’Artisan dans la Cité. Nous revendiquons le droit à des ateliers et de magasins aux loyers convenables, pour nous permettre de rester en ville» précise M. Maendly.

Celui-ci s’est beaucoup investi pour la réussite de cette manifestation, en tant que responsable technique et administratif de l’organisation.

« Pour la Foire nous avons choisi pour cadre un jardin aux feuillages automnaux et un vaste tapis en faux gazon» explique-t-il. Une  excellente idée qui met de la couleur à Palexpo. Quelques membres du comité et de l’association montent par petits groupes la décoration. Pour favoriser l’esprit d’ouverture, les membres des autres cantons romands ainsi qu’une trentaine d’artisans de la Région Rhône-A1pes ont été invités par l’ADEMA. Jean-Daniel Maendly est enseignant au Cepia, il travaille encore à l’ancienne avec des matières naturelles dont le crin, la toile de jute et les tissus nobles. «Refaire des sièges d’époque ou de style est une de mes passions» .

Il constate toutefois que « le perfectionnisme est souvent considéré comme un défaut ».

Monique-Priscille Druey 

Article paru dans la Tribune du Commerce, jeudi 17 octobre 1996  

Le monde des décorateurs d’intérieur est comme une nébuleuse. Selon le bottin du téléphone, ils sont une bonne soixantaine à Genève à exercer cette profession qui ne ressemble à aucune autre, exigeant talent et travail, et qui revêt des formes très diverses, allant de la véritable création et de la restauration à la vente pure et simple.

Installé rue, Chausse-Coq, à deux pas du Bourg-de-Four, dans une ample boutique où foisonnent les beaux objets, Jackie Nyffeler, atchitecte-décorateur, jouit d’une autorité incontestée. Sa réputation, son ampleur de vues lui ont valu des commandes prestigieuses, comme la réalisation d’ambassades de Suisse à l’étranger et la création de la salle du Conseil administratif, au Palais Eynard. Si on l’interroge sur ce qui fait la qualité du métier, il .vous répond qu’il faut avant tout avoir l’esprit créatif et savoir bien dessiner. «C’est un langage universel immédiatement compréhensible par tout un chacun. » Sur un de ses derniers chantiers, à Istanbul, Jqckie Nyffeler correspondait avec sa cliente, en esquissant vite sur son carnet, un dessin immédiatement perceptible et compris. D’autre part, lors qu’il s’est contenté bien souvent d’esquisses sommaires, Voici qu’à présent, les beaux croquis, bien aboutis, pour présenter des projets, reviennent à la mode.

Mais savoir dessiner n’est qu’un point de départ, « ce don du ciel doit être, vivifié par un travail incessant. » Et c’est aussi un métier difficile à apprendre, car il demande énormément de connaissances dans des domaines relevant de nombreux corps de métier , comme l’architecture. l’ébénisterie, la peinture, la tapisserie et jusqu’à l’art du maçon parfois.

En dépit de ces difficultés, la «  profession connaît une » certaine saturation: « trop de gens s’imaginent encore qu’avec un peu de goût, on peut s’intituler décorateur, alors que c’est un vrai métier que nous exerçons loin d’une certaine frime qui, de toute façon ne dure jamais longtemps», estime Jackie Nyffeler qui préside la Société des maisons de décoration d’intérieur, forte d’une dizaine de membres. Il fait également partie de la Chambre nationale des décorateurs français, un pays où les problèmes sont similaires.

Métier valorisant 

Autre engagement, tout aussi authentique, mais radicalement différent, celui de Jean-Daniel Maendly, qui exerce son métier, rue Hoffmann, après avoir travaillé dix-huit, ans aux Pâquis. D’origine fribourgeoise, ce tapissier-décorateur a suivi la filière classique: un apprentissage de quatre ans dans une entreprise, ponctué par des cours au centre d’enseignement professionnel technique et artisanal (CEPTA).

Par la suite, ce perfectionniste a passé sa maîtrise fédérale. Cette distinction qui tend à devenir extrêmement rare exige trois années d’études aux exigences assez élevées et ne peut se postuler qu’après cinq ans de pratique du métier. Chez lui, c’est l’atelier traditionnel où se pratique surtout la réfection de sièges, qui constitue la base du métier, tandis qu’une courtepointière fait les rideaux; les couvre-lits, les coussins et les nappes: «Le métier est passionnant et valorisant, à condition de l’exercer avec passion, mais il ne faut. pas compter les heures et y aller...» Son épouse, Chantal, le seconde pour la facturation. Les clients viennent volontiers passer un moment au magasin à discuter avant de se décider. Les grands-mères apportent parfois les tapisseries faites par leurs soins, pour recouvrir leur fauteuil. Ainsi se tissent des liens entre un artisan et son quartier. Quant à la relève, elle paraît bien assurée : quatorze jeunes font un stage d’apprentissage dans le canton, sans oublier deux courtepointères.

M.B.  

Trois associations professionnelles à Genève 

Ces trois associassions représentent une partie de l’univers de la décoration d’intérieur, vaste et diversifiée. 

L’Association genevoise des décorateurs d:intérieur et des courtepointières: (AGDI) a conservé un caractère artisanal et une bienfacture exemplaire. Elle lutte pour la défense du sérieux professionnel et la qualité de la formation professionnelle: Son président, Jean-Daniel Maendly, déplorant une certaine démobilisation dans la profession, souhaiterait que les membres, une vingtaine actuellement et tapissiers pour la plupart,. soient beaucoup plus nombreux;

La Société des maisons de décoration d’intérieur (SMDI): présidée par Jackie William Nyffer regroupe une dizaine de membres seulement qui représentent de grandes maisons.

Les deux associations, après s’être séparées, sont en train d’amorcer un rapprochement souhaité de part et d’autre. 

Article paru dans Entreprise Romande, n°2469 - 22 novembre 1996     

Le recours à un professionnel peut apporter beaucoup et n’est pas forcément hors de prix

Il existe mille et une façons de décorer son intérieur. A chacun son goût, à chacun ses moyens. Le marché actuel de l’ameublement a de quoi séduire tout le monde. Mais les amoureux de la qualité et du travail bien fait se rendront sûrement chez un artisan ou un antiquaire.

Un appartement à refaire ? Une pièce à décorer? Si les travaux sont importants -abattre une cloison, construire un escalier, déplacer une salle de bains, etc. -ils sont confiés à un architecte d’intérieur. Celui-ci peut tout faire pour autant qu’il ne touche pas à l’extérieur du bâtiment.

En ce qui concerne « l’habillage » d’un appartement, l’architecte fait appel à un tapissier-décorateur. Choix des tissus, pose de moquettes ou de tentures, rembourrage de fauteuils ou de canapés ou encore confection de rideaux, le tapissier-décorateur intervient pour donner vie à un intérieur.

Etre tapissier-décorateur , Qu’est-ce Que c’est?

Pour les lecteurs peu au fait des métiers d’art, il semble utile d’apporter une précision sur les termes. Outre-Sarine, le terme utilisé pour désigner les tapissiers-décorateurs est « Innen-dekorateur», soit littéralement «décorateur d’intérieur». Afin d’unifier l’appellation de la profession au niveau national, l’OFIAMT décidait, il y aune dizaine d’années, de rebaptiser nos tapissiers en décorateurs. Actuellement, ils affichent encore l’enseigne traditionnelle de tapissier-décorateur. « Depuis le XVIIIe siècle, le tapissier-décorateur occupe une place de choix dans la conception, la réalisation de tout ce qui touche à la garniture et au décor. De nos jours, il doit être capable de conseiller la clientèle et faire preuve d’un goût très sûr, servi en cela par sa connaissance des styles », écrivent Jean-Pierre Flament et Jacques Stevens, professeurs au Centre de formation technologique Grégoire de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris*. Si le tapissier-décorateur n’a pas pour rôle d’aménager un intérieur au sens théorique et technique - l’instar de l’architecte d’intérieur son savoir-faire intervient dans l’assemblage et dans l’harmonisation des matières, des formes et des couleurs. « Un bon tapissier doit être manuel et méticuleux. Il doit avoir une bonne connaissance des techniques et des matériaux, ainsi que des connaissances artistiques. Il doit pouvoir guider efficacement le client dans ses choix», nous explique Jean- Claude Gauthey, tapissier-décorateur à Genève et membre de l’Association genevoise des décorateurs d’intérieur (AGDI).

La qualité du travail est primordiale

Sur une soixantaine de petits artisans établis à Genève, une vingtaine seulement sont regroupés au sein de l’AGDI. A l’heure où l’individualisme prime toujours plus sur le collectif, on ne peut que constater une diminution générale de la vie associative. « Nous souhaiterions vivement être plus nombreux», déplore Jean-Daniel Maendly, président de l’association. Des discussions sont notamment en cours pour un rapprochement, souhaité mutuellement, entre l’AGDI et la Société des maisons de décoration d’intérieur (SMDI), qui représente une dizaine de grandes maisons de décoration.

Les membres de l’AGDI sont tous des professionnels fortement attachés à leur profession, soucieux de la défendre ainsi que de la transmettre. Ce n’est donc pas un hasard si la majorité des apprentis tapissiers effectuent leur formation chez eux. « Nous souhaitons perpétuer notre métier à travers une relève de valeur. C’est pourquoi nous sommes très impliqués dans une formation professionnelle de qualité», explique M. Maendly.

Se réunissant une fois par mois, les artisans de l’AGDI mettent en commun leurs problèmes et leur expérience. Il n’est pas rare qu’ils s’entraident sur certains gros chantiers ou lorsqu’il y a trop de travail pour l’effectuer rapidement seul.

Un retour aux traditions 

Le travail arrive souvent de manière assez irrégulière, avec un boom avant Noël, et une période creuse dans le courant de l’été. Les artisans qui travaillent essentiellement avec une clientèle privée ne ressentent pas la crise trop durement. « Le client qui recherche la qualité existe toujours. Mais il est vrai que l’on nous demande plus de devis actuellement », nous dit M. Maendly. Ce qui caractérise la clientèle, qu’elle soit jeune ou moins jeune, c’est la recherche de la qualité et l’attachement aux meubles anciens. A l’heure où la globalisation marque de son empreinte nos rapports économiques, culturels, linguistiques ou autres, le retour aux traditions est ressenti comme un besoin. Pour se prémunir contre l’infiniment grand, on se tourne vers l’infiniment petit. De plus en plus de jeunes redonnent au travail des artisans une valeur que les quelques générations précédentes avaient altérée. « Un couple, la cinquantaine, est venu me voir avec son fils, un garçon d’une vingtaine d’années, raconte M. Maendly. Les parents tenaient absolument a se débarrasser du vieux fauteuil que la grand-mère tenait sûrement déjà de sa grand-mère, et qui traînait dans un coin du grenier. Le fils était d’avis contraire et pensait qu’il fallait restaurer ce fauteuil. « 

Evolution des techniques

« Les techniques ont peu changé au cours du temps, mais nous travaillons avec de nouveaux matériaux, synthétique, mousse, caoutchouc, etc. « explique M. Gauthey. De nouveaux outils, telles agrafeuses ou machines à coudre, sont venus simplifier et accélérer certains travaux. Certaines techniques n’ont plus vraiment de raison d’être, si ce n’est de perpétuer la tradition. La pose de moquette en est un exemple. Traditionnellement, le tapissier tendait, puis cousait ensemble de petites largeurs de tapis. Lorsqu’une partie du tapis (le terme de « moquette » est récent) était usée, il suffisait de découdre puis de déplacer la partie usée. A l’époque -il y a plusieurs siècles -la main-d’œuvre était bon marché tandis que les matériaux étaient chers. Aujourd’hui, cette tendance s’est inversée, et le client préfère changer sa moquette lorsqu’elle est trop usée. Pour être plus performants et plus rapides, les tapissiers d’aujourd’hui collent la moquette.

Evolution des goûts

En ce qui concerne les tendances de la mode et des goûts, il y a deux options possibles. Soit il s’agit de restaurer un meuble ancien, et pour en respecter l’harmonie, le choix du tissu s’opère dans un registre classique. Soit il s’agit de rembourrer des meubles contemporains qui supportent mieux les tissus originaux. « En règle générale, les meubles sur lesquels nous travaillons s’accommodent mal de tissus au design trop moderne», confie M. Gauthey.

En ce qui concerne le marché des antiquités, MM. Gauthey et Maendly avouent ne pas y prendre directement part. Le client arrive déjà souvent avec ses propres meubles, qu’il s’agit de rembourrer et de recouvrir. Dans le cas contraire, les tapissiers possèdent des catalogues de fabriques proposant une large gamme de meubles de style ancien adaptés aux techniques nouvelles de la tapisserie.

« Nous souffrons d’un manque d’information auprès du public», déplore M.Gauthey. «Les gens doivent savoir que le travail que nous réalisons n’est pas forcément hors de prix», conclut- il.

Catherine Garavaglia 

* »Le guide du tapissier-décorateur», Jean-Pierre Flament et Jacques Stevens, Editions André Casteilla, Paris, mai 1983. 

Article paru dans la Tribune du Commerce, jeudi 2 octobre 1997     

Bonne nouvelle dans le monde des associations professionnelles: la Société des maisons de décoration d’intérieur (SMDI) regroupant une dizaine de membres, de grandes maisons essentiellement, a rejoint l’Association genevoise des décorateurs intérieur et courtepointières AGDI) qui compte désormais 27 membres. 

Elle est présidée depuis deux ans par Jean-Daniel Maendly, (boutique Confort-Décor, rue Hoffmann) qui se bat, comme son prédécesseur (Jean-Claude Gauthey, rue de la Pépinière) pour la formation professionnelle. Dix apprentis sont actuellement en formation, échelonnés sur quatre ans. Les débutants sont au nombre de quatre, alors que l’on comptait 18 inscrits. Très soucieux de formation, à chaque début d’année scolaire, Jean-Claude Gauthey et Jean-Daniel Maendly donnent, trois semaines durant, les cours à plein temps, aux apprentis du Cepta (Centre d’enseignement professionnel, technique et artisanal). 

Dents de scie

Le métier? Il est en dents de scie, avec des hauts et des bas « On peut dire que l’ambiance est plutôt positive, même si nous ne sommes pas sortis encore de la crise actuellement. Nous attendons que la reprise se manifeste jusque dans notre secteur et en attendant, nous faisons pas mal de bricoles...’ »

Tapissiers de formation, comme leurs collègues, ils font tout: sièges, fauteuils, rideaux, tentures moquettes, un peu de literie qui a tendance à revenir, dans une profession que l’on pourrait croire en perte de vitesse, s’il n’y avait pas une clientèle jeune, plutôt écologique, qui, dans un souci d’authenticité, pousse leur porte: Mais il y a moins de main-d’œuvre: «il y a une trentaine d’années, on comptait une centaine d’ouvriers, maintenant, ils ne sont plus qu’une quarantaine.»

Le métier a évolué: «Auparavant, on faisait de la literie à l’inverse de maintenant. Mais nous sommes toujours les conseillers pour la vente de ces articles. Autre exemple de cette évolution: avant, les moquettes étaient tissées, et il fallait un tapissier pour les poser car elles étaient posées, cousues et tendues.»

Se défInissant comme artisans avant tout, les membres de l’AGDI, qui déplorent de ne pas être assez connus du grand public, aimeraient que l’Etat et les administrations pensent à eux lors d’adjudications de travaux, alors qu’on leur demande beaucoup d’efforts pour la formation des apprentis.

M. B.  

Article paru dans  la Tribune du Commerce, jeudi 14 mai 1998   

La rue Hoffmann, tout le monde la connaît, mais personne ne sait très bien où elle se trouve. C’est ce que vous répètent de nombreux commerçants de cette artère qui accueille pourtant un fort trafic automobile. Se trouvant en haut de la rue de la Servette, à droite, dans le prolongement de l’avenue Wendt, et conduisant par l’avenue Giuseppe-Motta aux sièges des principales organisations internationales, elle est comme un trait d’union entre des quartiers totalement différents, l’un très urbanisé et l’autre plutôt aéré.

Petit vin blanc

Cette rue relativement courte - elle ne fait que quelques centaines de mètres - est en revanche très large, pouvant contenir des places de parc de part et d’autre de son épine dorsale ainsi que devant les trottoirs spacieux. Empruntant son nom à une famille du Petit-Saconnex tout proche, elle abrite des commerces surtout sur son côté impair, alors que le côté pair accueille des crèches et des organismes sociaux. On y compte trois bistrots, dont le café-restaurant Z, qui ouvre tôt le matin et où Christelle y sert depuis onze ans les cafés et, sur le soir, le petit vin blanc à une clientèle très locale qui n’hésite pas à s’interpeller de table en table, cultivant ainsi une ambiance de village. Un peu plus haut, un vénitien, Graziano Moro, exploite depuis bientôt sept ans, une petite cordonnerie, coincée entre un garage et une allée d’immeuble où il fait toutes sortes de réparations ainsi que la fabrique de clés.

Locomotives

Mais la rue Hoffmann a aussi ses locomotives comme Marcel Meyer qui, pour ses chocolats et ses petits gâteaux réputés, attire une clientèle en provenance de tout Genève, et Daniel Girard qui exploite depuis presque seize ans la boutique Le Vélo. Difficile de ne pas la voir, elle occupe trois locaux différents de la rue et propose un créneau très spécialisé: le vélo de course uniquement sur mesure au titane, au carbone et en aluminium, ainsi qu’un grand choix de marques. Ce qui lui vaut une clientèle non seulement genevoise mais également de toute la Suisse.

Au centre sans y être

Une aussi grande activité laisse peu de temps pour contempler l’environnement. Mais Daniel Girard se sent rue Hoffmann comme un poisson dans l’eau. «Habitant les Eaux- Vives où bien que Versoisien j’ai eu l’honneur de naître, j’ignorais jusqu’à ce que je m’y installe où était la rue Hoffmann. Or, grâce aux institutions internationales toutes proches, c’est une artère très passante mais qui a su conserver son esprit sympathIque. On est au centre-ville sans y être vraiment dans ce qui est un des poumons de la rive droite. Aussi curieux que cela puisse paraître, les commerçants ressentent encore ce clivage rive droite-rive gauche, de la part de la clientèle.

Pour sa part, Jean-Daniel Maendly, maître tapissier-décorateur, a gagné sur le plan professionnel, en transférant il y a trois ans et demi, son atelier et magasin de vente ici. Il était jusqu’alors installé aux Pâquis dans une zone qui tournait au ralenti. Depuis qu’il est à la Servette, plus question pour lui, comme il le faisait jadis, de fermer la porte pour aller prendre un café. Les anciens clients sont restés fidèles, et de nouveaux ont frappé à la porte de son atelier, Confort-Décor. D’autant plus que le quartier s’est développé, de nouveaux immeubles ayant été édifiés rue Pestalozzi, toute proche, et avenue Trembley, contrebalançant en quelque sorte la clientèle plutôt mûre de Cité-Vieusseux de l’autre côté. Une fois de plus, la rue Hoffmann a joué son rôle de balancier, de juste milieu.

«Au moins on nous voit»

Et à ce jeu de balance, la circulation n’a pas que des désavantages. Elle amène aussi du monde. « Même s’il y a du bruit, au moins on nous voit», s’exclame dans un registre très jeune, Carole, du salon de coiffure Fantasia, l’un des trois de cette artère, et qui représente l’exemple même de l’acclimatation réussie des nouvelles générations dans un tissu locatif traditionnel.

Enfin sur tout ce monde veille comme un patriarche Gilbert Grandi à la tête des Fourrures des Nations depuis 1976. Il envisage de faire des liquidations de peaux, vu la dureté des temps, afin de se consacrer davantage aux articles textiles et aux services de retouches, de réparations et de nettoyages, essentiellement. « Autrefois, nous étions l’aristocratie de la confection et maintenant, ce sont les clientes elles-mêmes qui, quand elles viennent nous trouver, fixent les prix pour les réparations. » Mais n ‘hésitez pas à l’interroger, Gilbert Grandi est comme la mémoire vivante de ce quartier attachant.

Michel Bonel